Mi Carême

Nous voici arrivés à la moitié du carême, réjouissons nous aujourd’hui comme la messe du jour nous y invite, et profitons de ce dimanche pour refaire le plein de force et de grâce pour terminer ce temps de sacrifice et de prière le plus saintement possible. Pour nous motiver, voici un résumé de la pensée de Dom Gueranger sur l’histoire et la pratique du Carême.

 

« Faites pénitence ; car le royaume des cieux approche. » (Mt 4, 17)

« Si vous ne faites pas pénitence, vous périrez tous. » (Lc 13, 3)

 

Le temps de carême commence véritablement à la septuagésime et nous permet, pendant trois semaines entières, de reconnaître les maladies de notre âme et à sonder la profondeur des blessures que le péché nous a faites. C’est alors seulement que nous pouvons nous sentir prêt à la pénitence que l’Eglise nous demande. Nous connaissons mieux la justice et la sainteté de Dieu et les dangers auxquels nous expose le péché ; et pour opérer en notre âme un retour sincère et durable, nous avons rompu avec les vaines joies et les futilités du monde. La cendre a été répandue sur nos têtes ; et notre orgueil s’est humilié sous la sentence de mort qui doit s’accomplir sur nous.

« La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse. » (Ps 110).

C’est devant nos fautes et notre impiété que le sentiment de pénitence s’est réveillé.

 

On donne le nom de Carême au jeûne de quarante jours par lequel l’Eglise se prépare à célébrer la fête de Pâques ; l’institution de ce jeûne solennel remonte aux premiers temps du christianisme. Notre Seigneur Jésus Christ lui-même l’a inauguré par Son exemple en jeûnant quarante jours et quarante nuits dans le désert. S’il n’a pas voulu, dans sa sagesse suprême, en faire un commandement divin, qui dès lors n’eut été plus susceptible de dispense, Il a du moins déclaré que le jeûne imposé si souvent par l’ordre de Dieu dans l‘ancienne Loi serait aussi pratiqué par ses enfants de la Loi nouvelle.

Le nombre sévère de quarante, pour la sainte Eglise, est toujours celui de la peine et de l’affliction (saint Jérôme). Rappelons-nous de cette pluie de quarante jours et quarante nuits, sortie des trésors de la colère de Dieu, quand Il se repenti d’avoir créé l’homme (Gn 7,12) et qu’Il submergea la race humaine sous les flots à l’exception d’une famille ; ou bien ces quarante années que le peuple hébreu a passé dans le désert en punition de son ingratitude, avant d’avoir accès a la terre promise ; Moise qui représente la Loi et Elie, en qui est symbolisé la prophétie, ne doivent s’approcher de Dieu que purifié par un jeûne de quarante jours ; Notre Seigneur Jésus Christ, Dieu Lui-même, a jeûné quarante jours au désert.

L’institution apostolique du Carême est attestée par saint Jérôme, saint Leon le Grand, saint Cyrille d’Alexandrie, saint Isodore de Séville….

Monsieur l’abbé Beauvais, dans son sermon sur le Carême, nous explique que la mortification (jeûne, veille, froid…) sert à dominer ses passions en réduisant au silence la concupiscence de la chair et notre amour propre, afin de purifier notre corps pour porter notre âme à Dieu. C’est en effet par la volonté que vient la mortification et c’est par la mortification que vient la purification.

Notre Seigneur Jésus Christ dit que si le grain ne meurt pas il ne peut donner la vie. Il faut donc mourir à soi pour vivre en Dieu. Il faut briser ce qui est à briser et fortifier ce qui est à fortifier.

Ainsi la vertu de pénitence utilise la mortification à un degré supérieur car son but est d’expier nos péchés. La pénitence consiste dans la contrition du cœur et dans la mortification du corps ; ces deux parties lui sont essentielles, le principe de la véritable pénitence est dans le cœur (l’enfant prodigue, Zachée, sainte Marie Madeleine, saint Pierre, …). Nous devons rompre sans retour avec le péché, le regretter amèrement, l’avoir en horreur et fuir ses occasions : cela s’appelle la conversion.

On comprend donc mieux l’importance et la gravité de cette sainte institution, qui est destinée à remplir une si grande part dans l’œuvre du salut de chacun de nous !

Liturgiquement, ce saint temps nous permet d’assister à la conspiration des Juifs contre le Rédempteur, qui finira vendredi saint avec la Crucifixion de Notre Sauveur sur l’arbre de la Croix. Le drame divin que nous avons vu s’ouvrir dans la grotte de Bethleem va se continuer jusqu’au Calvaire. Pour le suivre nous n’aurons qu’a méditer les lectures de l’Evangile jour par jour.

Rappelons-nous également que ce sont les quarante derniers jours pour les catéchumènes avant qu’ils ne soient baptisés et deviennent par conséquent pleinement enfants de Dieu.

Enfin dans le passé les pénitents publics étaient solennellement expulsés de l’assemblée de fidèles le mercredi des Cendres pour être admis à la Réconciliation, s’ils le méritaient, le Jeudi saint. Qui d’entre nous tous peut dire qu’il n’aurait eu à subir ce châtiment public si nous n’étions nés à cette époque impie ?

Dans l’histoire de l’Eglise, la pratique du Carême a connu différentes règles. Concernant l’Eglise latine nous voyons que jusque très récemment les chrétiens ne prenaient qu’un seul repas par jour aux alentours de midi sans viande, le poisson étant autorisé.

Au sujet du libéralisme dans la pratique du jeûne de la sainte quarantaine Benoit XIV exprimait déjà le 30 mai 1741 dans une lettre encyclique à tous les évêques du monde chrétien la douleur qu’il avait a la vue du relâchement qui déjà s’introduisait partout :

« L’observance du Carême, est le lien de notre milice ; c’est par elle que nous nous distinguons des ennemis de la Croix de Jésus Christ ; par elle que nous détournons les fléaux de la divine colère ; par elle que, protégés du secours céleste durant le jour, nous nous fortifions contre les princes des ténèbres. Si cette observance vient à se relâcher, c’est au détriment de la gloire de Dieu, au déshonneur de la religion catholique, au péril des âmes chrétiennes ; et l’on ne doit pas douter que cette négligence devienne source de malheurs pour les peuples, de désastres dans les affaires publiques et d’infortunes pour les particuliers. »

Près de 250 ans après cet avertissement pontifical, combien de chrétiens observent encore le Carême malgré cette forme si réduite en comparaison des règles que nos ancêtres observaient ? Hélas les tristes prédictions de Benoit XIV sont accomplies. Les nations chez lesquelles l’idée d’expiation vient à s’éteindre défient la colère de Dieu et il ne reste bientôt plus pour elle d’autre sort que la dissolution ou la conquête.

Comparons nos ancêtres chez qui la crainte du jugement de Dieu et la noble idée de l’expiation faisaient embrasser de si longues et de si rigoureuses privations, avec nos races molles et attiédies chez lesquelles le sensualisme de la vie éteint, de jour en jour, le sentiment du mal si facilement commis, si promptement pardonné et faiblement réparé.

Quelle est donc l’illusion de tant de chrétiens honnêtes qui se flattent d’être irréprochables, surtout lorsqu’ils oublient leur passé ou qu’ils se comparent à d’autres, et qui, parfaitement contents d’eux-mêmes, ne songent jamais aux dangers de la vie molle qu’ils comptent bien mener jusqu’au dernier jour ! Leurs péchés d’autrefois ? Ils n’y songent plus : ne les ont-ils pas sincèrement confessés ? La régularité selon laquelle ils vivent désormais n’est-elle pas la preuve de leur solide vertu ? Qu’ont-ils à démêler avec la justice de Dieu ? Aussi les voyons-nous solliciter régulièrement toutes les dispenses possibles dans le Carême. L’abstinence les incommoderait ; le jeûne n’est plus compatible avec la santé, les occupations, les habitudes d’aujourd’hui ; on n’a pas la prétention d’être meilleur que tel ou tel qui ne jeûnent pas et ne font pas abstinence ; et comme on est incapable d’avoir même l’idée de suppléer par d’autres pratiques de pénitence à celles que l’Eglise prescrit, il en résulte que, sans s’en apercevoir et insensiblement, on arrive à n’être plus chrétien.

Que de fois n’a-t-on pas entendu cette naïve excuse sortir de la bouche de ceux même qui se font honneur de leur titre de catholiques : qu’ils ne font pas abstinence, qu’ils ne jeûnent pas, parce que l’abstinence et le jeûne les gêneraient, les fatigueraient ! Comme si l’abstinence et le jeûne avaient un autre but que d’imposer un joug pénible à ce corps de péché ! En vérité, ces personnes semblent avoir perdu le sens ; et leur étonnement sera grand lorsque le Seigneur, au jour de son jugement, les confrontera avec tant de pauvres musulmans qui, au sein d’une religion dépravée et sensuelle, trouvent chaque année en eux-mêmes le courage d’accomplir les rudes privations des trente jours de leur Ramadan.

Pensons à la joie de nos pères quand ils rentraient dans cette fête de Pâques après avoir tant donné. Avec quel bonheur et aussi quelle sérénité de conscience, ils rentraient dans les habitudes d’une vie plus facile qu’ils avaient suspendue pour affliger leurs âmes dans le recueillement, la séparation du monde et la pénitence !

Les spectacles étaient interdits, ainsi que la guerre, la chasse, l’usage des armes en dehors des cas de nécessité. Même les actions judiciaires étaient suspendues pendant la sainte quarantaine. Pendant un grand nombre de siècle la continence des époux était demandée et l’Eglise ne célébrait pas les mariages durant ces quarante jours.

Poursuivons donc avec résolution dans la voie sainte que l’Eglise ouvre devant nous, et fécondons notre jeûne par les deux autres moyens que Dieu nous propose dans les saints Livres : la Prière et l’Aumône. De même que sous le nom de Jeûne, l’Eglise entend toutes les œuvres de la mortification chrétienne ; sous le nom de la Prière elle comprend tous les pieux exercices par lesquels l’âme s’adresse à Dieu. La fréquentation plus assidue de l’Eglise, l’assistance journalière au saint Sacrifice, les lectures pieuses, la méditation des vérités du salut et des souffrances du Rédempteur, l’examen de la conscience, l’usage des Psaumes, l’assistance aux prédications particulières à ce saint temps, et surtout la réception des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie, sont les principaux moyens par lesquels les fidèles peuvent offrir au Seigneur l’hommage de la Prière.

L’Aumône renferme toutes les œuvres de miséricorde envers le prochain : aussi les saints Docteurs de l’Eglise l’ont-ils unanimement recommandée comme le complément nécessaire du Jeûne et de la Prière pendant le Carême.

« La prière accompagnée du jeûne et de l’aumône vaut mieux que tous les trésors ; l’aumône délivre de la mort, efface les péchés, ouvre la miséricorde et la vie éternelle. »

« De même que l’eau éteint le feu le plus ardent, ainsi l’aumône détruit le péché. Renferme ton aumône dans « le sein du pauvre, et l’Eglise priera pour que tu sois délivré du mal. »

Si nous restons constant dans ce saint exercice, nous verrons peu à peu la lumière briller à nos regards. Si nous étions loin de Dieu par le péché, ce saint temps serait pour nous la vie purgative, comme parlent les docteurs mystiques ; et nos yeux s’épureront afin de pouvoir contempler le Dieu vainqueur de la mort.

N’oublions jamais de demander les grâces de Dieu pour nous aider dans cette épreuve et soyons certains de Son aide et de Son amour.

 

Source :

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/gueranger/anneliturgique/careme/index.htm

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