Devoirs d’état

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Dieu sait pourtant l’attention, le soin, l’ingéniosité, le zèle que chacun sait consacrer au plus grand succès de ses affaires.

Qui ne se forme et ne s’informe en ce domaine ?Qui ne se documente ? Qui n’a recours à des techniciens avertis ? Jours et nuits s’écoulent parfois à la recherche de la formule qui permettra d’augmenter les bénéfices, de surclasser un concurrent.

Mais qu’il s’agisse du sort de la société (dont dépend cependant le bonheur durable des affaires privées), la routine, la négligence, l’irréflexion, l’inconséquence, la paresse deviennent la loi de ces hommes dont on admire par ailleurs la sagesse et l’initiative.

Passagers qui épongent l’humidité de leur cabine, mais qui refusent de s’intéresser au fait que leur navire sombre dans l’instant.

La vérité est que nous perdons notre temps à des riens ; que nous accordons à des « tabous » mondains plus de temps qu’il n’en faudrait pour travailler victorieusement au salut de la Cité.

Un souci obsessionnel du confort parvient à constituer même parmi nous un climat de matérialisme inexpugnable. Matérialisme qui ne s’affiche plus, comme autrefois, en maximes viles, provocantes. Ce qui avait l’avantage d’alerter les meilleurs. Mais un matérialisme de fait, tout implicite, qui sans empêcher d’aller à la messe n’en réalise pas moins le plus grand phénomène d’absentéisme politique depuis la décadence de l’Empire Romain. Lequel en mourut.

Chrétiens qui se veulent excellents époux, excellents pères de famille, excellents employés, excellents paroissiens.

Le monde peut compter sur eux. 

Sauf leur Cité. Sauf leur patrie !

*

« A d’autres, plus brillants que nous, disent-ils, le soin de ces hautes et graves questions. Notre devoir ne saurait dépasser le plan de la vie domestique. On ne peut pas tout faire. Tant de choses nous sollicitent déjà ».

Ce qui paraît sage réponse.

Ce qui pourtant ne parvient pas à légitimer le mépris d’un devoir certain. La vérité étant qu’il faut tout faire de ce que par état nous devons faire.

Quel mari oserait dire qu’il refuse d’accomplir ces devoirs de père, pour s’en tenir à ses devoirs d’époux, sous prétexte qu’il ne saurait tout faire ?

Quel fils, pour la même raison, oserait justifier l’abandon de son père infirme pour se consacrer au seul apostolat paroissial ?

Il est trop facile de choisir celui de nos devoirs d’état qui nous plaît davantage et d’écarter les autres.

L’ordonnance d’une vie vertueuse et sainte n’est rien d’autre que l’heureuse solution apportée à ce problème de la coexistence de multiples et irréductibles devoirs d’état.

Devoirs d’état… envers Dieu ; puisque par état nous sommes ses créatures.

Devoirs d’état… envers nos parents ; puisque par état, nous sommes leurs enfants.

Devoirs d’état… envers notre conjoint ; si, par état, nous sommes mariés.

Devoirs d’état… envers nos fils et nos filles ; si, par état, nous sommes père ou mère.

Devoirs d’état… envers la Cité, la patrie ; puisque, par état, nous sommes membres de ces communautés.

Devoirs d’état… professionnels.

Devoirs d’état… amicaux.

Devoirs d’état de bon voisinage…, etc.

Aucun devoir d’état ne peut être récusé tant que nous restons dans l’état qui, précisément, nous l’impose.

Libre à chacun de regretter que nos modernes démocraties soient venues accroître nos charges en imposant à chaque citoyen une plus grande participation à la vie publique. Cette obligation n’en est pas moins indiscutable. Obligation d’autant plus impérieuse qu’à ce degré les biens les plus sacrés risquent d’être perdus par la défection des meilleurs.

A l’action, donc !

Elle est le grand devoir de l’heure.

« Il n’y a pas de temps à perdre, proclamait déjà Pie XII. Le temps de la réflexion et des projets est passé. C’est l’heure de l’action ! Etes-vous prêts ? Les fronts opposés dans le domaine religieux et moral se délimitent toujours plus clairement. C’est l’heure de l’épreuve. La dure course, dont parle saint Paul, est engagée. C’est l’heure de l’effort intense. Quelques instants seulement peuvent décider de la victoire ».

Jamais, peut-être, le salut de la société n’a tenu à l’effort d’un aussi petit nombre de gens.

Encore faut-il que ce petit nombre veuille et sache vouloir. Quelques sursauts, quelques mouvements de colère tardive n’y feront rien.

Prenons garde de ne pas mériter de nous entendre dire ce que la mère du dernier roi maure de Grenade put lancer à son fils quand il dut quitter sa capitale : « Il est inconvenant de pleurer et de trépigner comme un faible quand on est en train de perdre ce qu’on n’a pas eu la volonté, la ténacité de défendre comme un homme ».

Jean Ousset, L’Action


Une réflexion sur “Devoirs d’état

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